jeudi 24 novembre 2016

Ardiouma Soma à propos du Patrimoine cinématographique africain : «On a plus de 5000 titres de films, malheureusement il n’existe pas encore de catalogue»



Le siège du Festival panafricain du cinéma de Ouagadougou (Fespaco) abrite depuis 1995, la cinémathèque africaine de Ouagadougou qui travaille pour la sauvegarde du patrimoine cinématographique africain. Avant d’être depuis 2014 Délégué général du Fespaco, Ardiouma Soma a été longtemps responsable de ce centre d’archivage du cinéma et de l’audiovisuel africain. Dans une interview avec lui à Ouaga, il nous parle de l’historique de cette cinémathèque et de l’état de ces archives mais également du secret de la longévité du Fespaco, l’institution qui abrite le centre.
Ardiouma Soma, Dg/Fespaco, ex responsable de la cinémathèque africaine

Vous avez été longtemps responsable de la cinémathèque africaine de Ouadadougou. Quelle est l’histoire de ce centre ?

Au départ, il y avait une cinémathèque au Burkina Faso depuis les années de l’indépendance en 1960 parce qu’au Burkina Faso à l’instar de plusieurs pays africains, le cinéma a été utilisé pour communiquer avec les populations certainement à cause des diversités linguistiques. Il y a beaucoup de films qui ont été faits à l’époque, les films d’éducation sur la santé, etc. Avec le cinéma mobile, les films étaient diffusés dans l’ensemble des pays. Donc cette cinémathèque existait et elle a été transférée au Fespaco à partir des années 1980. Le Burkina Faso a abrité le siège de la Fédération panafricaine des cinéastes après le congrès de 1985 qui s’est déroulé à Ouagadougou avec le Président Thomas Sankara qui a décidé de prendre en charge la Fepaci. C’est avec la Fepaci que le Fespaco a décidé en 1989 de lancer la cinémathèque africaine. La Fepaci a permis d’obtenir l’autorisation des cinéastes africains pour obtenir les copies des films. C’est comme ça que cette archive à commencer avec l’inauguration du centre de conservation en 1995. Avec le peu de moyen qu’on a, on a réussi à construire ce centre et on met l’accent sur la collecte.

Quel est le contenu aujourd’hui ?

Aujourd’hui, on a une filmographie assez importante sur le continent africain ; on a plus de 5000 titres de films. Malheureusement il n’existe pas encore de catalogue avec l’ensemble de ces films. Le Fespaco est une base importante de collecte du patrimoine filmique africain à cause du simple fai que tous les deux ans, c’est des centaines de films africains qui sont inscrits et constituent un patrimoine assez important.

Est-ce que ce patrimoine est accessible au public ?

Il ne l’est pas pour le grand public. Pour qu’il soit accessible au grand public il faut tout un travail de dépouillement, de traitement, de numérisation. Cela n’est pas possible pour le moment. Mais il y a un accès aux professionnels que vous êtes- les journalistes-. Ceux qui viennent vers nous arrivent à trouver satisfaction. Au-delà des films il y a tous ces éléments non film qui passent au Fespaco autour du cinéma africain, que ça soit les actes des colloques, les coupures de presses, les revues, il y a une documentation assez importante. Là aussi ce n’est pas ouvert au grand public mais les consultations organisées sont possibles et nous sommes disposés à accueillir ceux qui ont des besoins particuliers d’avoir accès à ces archives.

Comment ces archives sont-elles entretenues ?

Ces archives, j’avoue, ne sont pas bien organisées pour le moment parce qu’il y a un besoin financier pour pouvoir déployer tout ce patrimoine et le mettre en valeur. On a collecté mais la difficulté c’est dans la mise en valeur de ce patrimoine. La mise en valeur c’est important. Il ne sert à rien d’accumuler sans pouvoir mettre à la disposition du public. On fait ce qu’on peut avec le peu de moyen qu’on a. Peut-être, d’autres viendront après pour faire le travail de dépouillement, élaborer des catalogues, numériser, etc. La question revient de plus en plus. Elle a fait récemment question de discussions au dernier festival de Carthage parce que effectivement, l’Afrique, notre continent a un très riche patrimoine cinématographique et audiovisuel qui ne va pas seulement de la période où les africains se sont mis derrière les caméras pour se filmer. Mais ça date du début du cinéma en 1895 parce que l ’Afrique a été énormément filmée à plusieurs étapes. L’Afrique a été d’abord filmée par les ethnologues, les chercheurs qui considéraient l’Afrique comme un terrain d’expérimentation. L’Afrique a été ensuite filmée par les religieux, ceux qui nous amenaient la bonne nouvelle. L’Afrique a été filmée par le colon pour justifier la politique coloniale en occident pour pouvoir obtenir les financements pour pouvoir développer cette politique de la colonisation ; et pendant les deux guerres, l’Afrique a été filmée. Et même au niveau du cinéma commercial, l’Afrique existe dans le patrimoine parce que le continent a servi de décor aux grands studios de production en Angleterre et en Amérique dans les années 40. Moi-même, il y a un film français qui a été tourné dans mon village en 1949. Heureusement j’ai retrouvé les archives françaises. Et comme disait Sembène, ces images sont très peu vues. Ceux qui sont en charge des archives aujourd’hui en Europe ne programment jamais ces archives parce qu’ils ont eux même honte de ces archives. La façon dont l’Afrique était montrée avec les commentaires, ce n’est pas leur position aujourd’hui, mais nous ça nous intéresse.  On a besoin de ces archives pour nous connaitre ; connaitre notre passé, mieux découvrir notre présent et mieux préparer notre futur. Heureusement, les archives là existent et en bon état parce les archivistes en occident les ont réhabilitées. Maintenant, il faut arriver à établir des collaborations avec les archives occidentales pour ne pas parler de rapatriement mais que l’Afrique puisse avoir accès à ce patrimoine.

Vous êtes depuis 2014, à la tête de l’institution qui abrite ce centre d’archivage. C’est le Fespaco qui a déjà 47 ans . Quel est le secret de cette longévité ?

En 47 ans, le Fespaco s’est tenu de façon continue. Pour l’histoire, le festival a commencé en 1969. C’était à partir d’une initiative privée de cinéphiles qui assistaient aux séances de projection de films au Centre culturel français à l’époque. C’est à partir de ce stock là que les cinéphiles burkinabè ont décidé sur la base d’une association d’organiser ce qu’ils appellent à l’époque la quinzaine du cinéma africain. Ils l’ont fait en 1969. En 1970, ils l’ont réitéré et cela a pris tellement d’ampleur avec l’engouement du public qui pouvait enfin voir ces films hors des murs du centre culturel français. C’était dans les quartiers de la ville de Ouagadougou. A partir de 1972, le festival a été institutionnalisé par l’Etat. Ce n’est pas un fait du hasard. Les plus anciens vous diront que la fin des années 1960 correspondait à une période de révolution intellectuelle en Afrique au niveau de la littérature, des arts et de la culture. On se souvient du festival des arts nègres en 1966 et on se souvient aussi de toute la politique de soutien des pays en lutte pour la décolonisation avec l’Algérie en tête qui a aussi organisé le festival panafricain en 1969. On se souvient que dans cette mouvance aussi, nos écrans étaient dominés par les consortiums européens et le Burkina Faso a décidé en 1970 de nationaliser la distribution et l’exploitation cinématographique. Cette décision a été applaudie par les cinéastes africains, avec Sembème Ousmane en tête qui a réuni les cinéastes pour réagir face au boycott des consortiums qui avaient décidé de boycotter le Burkina Faso. Ils –les cinéastes ndlr- ont pris l’avion pour venir remettre leur copie de films au Chef de l’Etat pour que la distribution et l’exploitation continuent au Burkina. Tout ça a contribué en 1972 à amener l’Etat à décider donc de proposer à Sembène et ses cadres, d’institutionnaliser ce festival. En institutionnalisant, c’est comme si ce pays prenait un engagement vis-à-vis des pays africains qui sont venus le soutenir dans sa politique de nationalisation. Le Burkina a dit «à partir de ce moment, ce festival, je le soutiens ; je crée et je finance pour vous un espace de promotion de votre activité.» Tous les gouvernements successifs du Burkina Faso ont tenu cet engagement. Je pense aussi que les cinéastes africains expriment leur reconnaissance à ce pays pour cet effort qui est fait quand on voit leur engouement autour de ce festival. Ils ne négocient pas leur participation au Fespaco. Peut-être que la longévité vient aussi du fait qu’il y a l’Etat qui se trouve derrière ce festival parce que nous sommes des fonctionnaires de l’Etat et il y a un contrôle permanent au quotidien de nos activités. Le Délégué général que je suis ne peut pas dépenser un franc sans que ça ne passe au contrôle financier du ministère des finances, etc. Cela constitue une garantie importante vis-à-vis des partenaires qui apportent les différents financements. Il y a un engagement politique assez fort de ce pays pour que ce festival soit pérenne et aussi l’engagement tout simplement des cinéphiles.

Blaise Ahouansè

mercredi 23 novembre 2016

Ardiouma Soma, Dg/Fespaco: « Notre ambition, c’est de pouvoir numériser trois salles en 2017 »



Ardiouma Soma occupe depuis 2014, le fauteuil de Délégué général du Festival panafricain du cinéma de Ouagadougou (Fespaco). Autrefois, il a été responsable de la cinémathèque africaine de Ouagadougou -structure qui travaille pour la sauvegarde du patrimoine cinématographique africain-, Directeur artistique du Fespaco et Directeur du cinéma et de l’audiovisuel au ministère de la culture au Burkina Faso, entre autres. Dans un entretien dans la matinée du vendredi 19 novembre 2016 dans la capitale burkinabè, le cinéaste, journaliste, communicateur…, nous a parlé des préparatifs de la 25ème édition du plus grand rendez-vous du 7ème art sur le continent africain qui a lieu dans trois mois. La thématique, les innovations en termes d’organisation et de contenu, les dessous du choix du pays invité d’honneur, le budget, les secrets de la longévité de ce festival -47 ans déjà- et l’état de conservation et de gestion du patrimoine cinématographique africain ont été entre autres, les points de nos échanges. Nous vous livrons ici, une première partie, celle relative aux 4 premiers points énumérés. Interview.

Ardiouma Soma, Dg/Fespaco
La 25ème édition du Fespaco, c’est du 25 février au 4 mars 2017. A cette édition, vous revenez sur un thème abordé en 2005. Celui lié à la formation. Quelles en sont les raisons ?

A chaque édition du Fespaco depuis 1995, il y a un thème de réflexion qu’on propose aux cinéastes, partenaires,  gouvernement, … sur le développement de l’industrie du cinéma et de l’audiovisuel sur le continent. L’année prochaine on propose effectivement à tous de réfléchir sur la question de la formation : «Formation et métiers de cinéma et de l’audiovisuel». Oui, la question a été abordée en 2005 sur «Formation et enjeux de la professionnalisation». On revient là-dessus en 2017 parce qu’ il y a beaucoup de personnes, surtout les journalistes, qui me disent que chaque fois, il y a de grandes réflexions, de grands colloques mais après,  il n’y a rien. Et moi je réponds toujours qu’après il y a quelque chose. Il y a quelque chose parce qu’en 2005, on a invité à la réflexion, on a adopté des recommandations sur la question de la formation. Quand on fait le point entre 2005 et aujourd’hui, il y a beaucoup de pas qui ont été franchis. Aujourd’hui, il y a l’Institut supérieur d’image et du son au Burkina qui est parti de petites structures de formation pour devenir une école ; il y a des écoles de cinéma au Bénin, au Togo. Donc il y a quelque chose qui s’est passé entre 2005 et aujourd’hui.

Pourquoi, il fallait revenir sur la question?

Il est important qu’on revienne là-dessus pour faire le point de où nous en sommes avec la formation dans cet environnement qui évolue de façon constante. Est-ce que tous les secteurs ont été pris en compte parce que le cinéma et l’audiovisuel aujourd’hui, c’est un domaine multidisciplinaire; est-ce qu’on a pris tous les compartiments en compte ; est-ce que toutes les initiatives qui sont là ont toutes les capacités pour effectivement produire les résultats attendus ? Il faut faire le point par rapport à tout ça pour qu’on puisse encore rectifier le tir et puis, pouvoir mieux contribuer au développement de ce secteur.

Parlons du contenu du festival. Que retenir pour la prochaine édition ?

Le Fespaco compte deux volets. On va faire en sorte que c’est deux volets soient distincts et qu’on mette l’accent sur une meilleure organisation de ces deux espaces. Meilleure organisation du volet artistique par le renforcement de la numérisation. En 2015 on a numérisé une salle, le ciné Burkina. Notre ambition c’est de pouvoir numériser trois salles en 2017. C’est l’objectif, on est entrain de travailler pour cela. Ce volet artistique, c’est toutes les activités qui comprennent la sélection des films, l’organisation des galas de films, l’organisation des débats autour des films. A ce niveau, on note un engouement assez important. Aujourd’hui –vendredi 18 novembre 2016 ndlr- nous sommes déjà à environ 800 films inscrits. En 2015, on était autour de 760 films. On a décidé de maintenir les sections habituelles, c'est-à-dire la compétition pour le long métrage, le court métrage, le documentaire, les séries et pour les films des écoles africaines de cinéma. On aurait pu décider de consacrer le volet artistique uniquement à l’élite du cinéma africain, c’est une option. Et cela plairait bien aux critiques du cinéma qui viendraient voir seulement ce qu’il y a de meilleur dans le cinéma africain mais en même temps nous savons tout l’engouement qu’il y a autour du cinéma et de l’audiovisuel avec l’évolution technique et technologique. On ne change rien au Fespaco sans une consultation préalable des professionnels du cinéma et de l’audiovisuel. L’option qu’on a choisie suite aux différentes concertations, c’est que nous continuons à développer cet espace là et qu’il soit un espace accessible où peuvent se croiser les doyens du cinéma africain et puis les tout jeunes, les tout nouveaux cinéastes ou même les étudiants en cinéma et puis les professionnels de niveau intermédiaire. Donc on va continuer à ouvrir mais en gardant l’étalon d’or de Yennenga à l’élite.

De quoi sera fait le deuxième volet ?

C’est le volet économique, entreprise, industrie du cinéma et de l’audiovisuel. C’est le Marché international du cinéma et de la télévision africain (Mica) de Ouagadougou. On travaille pour le renforcement de ce marché pour en faire un espace d’affaires, un espace de rencontres de femmes et d’hommes d’affaires du cinéma et de l’audiovisuel africain. Quand on dit Africain, c’est non seulement les Africains qui travaillent dans le domaine du cinéma et de l’audiovisuel mais aussi toutes ces personnes de par le monde qui travaillent autour du cinéma et de l’audiovisuel africain, qui vivent de cette filière.

En quoi consistera le renforcement de ce marché pour  2017 ?

Le renforcement en 2017, on va se déplacer. Ce ne sera plus au siège du Fespaco. On va aller au Centre international de conférence Ouaga 2000 qui est un espace approprié avec suffisamment d’espaces pour les expositions, les réunions, les conférences, etc. C’est pour offrir aux professionnels un espace approprié et inciter la participation des entreprises africaines du cinéma et de l’audiovisuel, inciter aussi la participation des partenaires et puis encourager les gens aux débats. On veut vraiment créer un centre d’intérêt, travailler en sorte que tout le monde soit suffisamment concentré autour du Mica qui se déroule dans la journée.

Une telle option à quelle fin, de façon concrète ?

Il y a un intérêt aujourd’hui autour du cinéma et de l’audiovisuel africain parce que tout le monde s’est rendu compte que le marché dans cette filière aujourd’hui et demain c’est le marché africain. C’est en Afrique aujourd’hui qu’il y a les consommateurs, et il y a une forte demande de contenu africain tant sur le continent que hors du continent. Je pense qu’ailleurs, les gens ont compris cela plus que nous. Quand vous voyez aujourd’hui le foisonnement de sociétés qui se créent dans nos pays par les occidentaux qui viennent s’installer sur place pour pouvoir travailler dans ce domaine et toutes les entreprises des télévisions étrangères qui de plus en plus s’intéressent au contenu africain, c’est dire qu’il y a un marché à prendre et c’est ça qui nourrit notre volonté de développer l’espace du Mica. C’est aussi pour qu’on commence à prendre conscience du volet économique du cinéma et de l’audiovisuel qui n’est pas encore bien ancré dans nos consciences. Pour que de plus en plus nos différentes politiques nationales de développement prennent en considération notre filière, pour que les partenaires aussi du développement nous prennent en compte, il faut qu’on arrive à démontrer la dimension économique importante de cette filière. Développer l’espace Mica, c’est aussi pour renforcer la promotion de ce festival perçu un peu comme la locomotive de l’industrie du cinéma et de l’audiovisuel sur le continent parce que quand on écoute les critiques, les gens trouvent que c’est inconcevable aujourd’hui que l’organisation du Fespaco n’atteigne pas le niveau le plus élevé en termes de numérisation des salles, en termes de qualité d’organisation du marché et tout, mais en ignorant en même temps que le Fespaco se déroule dans un espace de pays en voie de développement. Mais le festival étant considéré comme la locomotive, on n’a pas d’excuse.

A combien avez-vous évalué en termes de budget toutes ces ambitions pour 2017 ?

On parle aujourd’hui de budget prévisionnel. Il est évalué à un milliard deux millions (1.200.000.000) de francs Cfa.

Quelle est la contribution de l’Etat burkinabé ?

Le Burkina Faso est le premier et principal bailleur de fonds du Fespaco. Sa contribution est difficile à évaluer. Si vous regardez sur le budget national, on vous dira 500 millions. Mais quand on rentre dans les évaluations en profondeur, cette contribution dépasse largement ces montants parce la structure permanente du Fespaco est à la charge de l’Etat du Burkina Faso. Le Fespaco a un siège qui fonctionne grâce à la subvention de l’Etat burkinabé ; les travailleurs du Fespaco sont payés par l’Etat burkinabé ; toutes les infrastructures (autant les espaces, autant les véhicules,…) qui contribuent à l’organisation du Fespaco sont mis à disposition par l’Etat du Burkina Faso. C’est un pays qui a pris l’engagement de soutenir et d’organiser ce festival. Sa contribution n’est pas comptabilisée au francs près mais quand on doit donner de pourcentage, elle se situe aux alentours de 70%. Le reste est à chercher auprès des partenaires et des privés en termes de sponsoring, de mécénat, etc.

La Côte d’Ivoire, est le pays invité d’honneur du Fespaco 2017 ? Qu’est-ce qui a orienté ce choix ?

On a choisi la Côte d’Ivoire pour une raison simple. L’objectif qui se cache derrière le concept de pays invité d’honneur, c’est de mettre les projecteurs sur les efforts qu’un pays fait dans le domaine du développement de cette filière. On a fait le constat qu’en Côte d’Ivoire, ces 5 dernières années, il y a eu beaucoup de choses qui ont été faites. Ils ont adopté récemment une loi sur le cinéma et l’audiovisuel. En passant, je vous dis que le Burkina a sa loi depuis 2004. En Côte d’Ivoire, ils ont aussi revalorisé le fonds de soutien à l’activité cinématographique pour atteindre le même niveau que le Sénégal, c’est-à-dire un milliard de franc Cfa ; la politique de rénovation de salle, de numérisation des salles a déjà commencé avec l’ouverture de salles dans les centres commerciaux de la ville. Il faut signaler aussi l’effort que le ministère de la culture et de la francophonie fait pour la participation massive des professionnels du cinéma et de l’audiovisuel aux différentes éditions du Fespaco. Je pense qu’en 2015, le ministre était accompagné d’environ 50 à 60 professionnels qu’il a fait venir aux frais du gouvernement ivoirien. Il est un des rares ministres qui sont restés durant tout le festival ; il a suivi toutes les activités. C’est tout cet ensemble d’efforts que nous avons envie de montrer et d’encourager.

Blaise Ahouansè
blaiseart@gmail.com

jeudi 17 novembre 2016

PRDC-UEMOA : Un outil de circulation et de labellisation des biens et services culturels




Le Programme régional de développement culturel (PRDC-UEMOA) qui fait objet d’échanges entre journalistes culturels de l’espace depuis mercredi 16 novembre 2016 à Ouagadougou, est un outil mis en place pour servir de fer de lance d’un nouvel élan du rayonnement culturel dans l’Union.
Aminata LO PAYE, Chargée des affaires culturelles au niveau de la Commission du DDH
L’Union économique et monétaire Ouest-africaine (UEMOA) a désormais un cadre pour intervenir dans le secteur des arts et de la culture. C’est le Programme régional de développement culturel (PRDC-UEMOA). A l’occasion de l’atelier d’implication des journalistes culturels de l’espace qui se tient du 16 au 18 novembre 2016 à Ouagadougou au Burkina Faso, le programme a été présenté de long en large à ces professionnels des médias réunis. C’est à travers une communication de Aminata LO PAYE, Chargée des affaires culturelles au niveau de la Commission du Département du développement humain (DDH). A l’en croire, au début du processus qui a conduit à ce programme, il y a eu la prise à Dakar, de l’Acte additionnel n°6/2013/CCEG/UEMOA du 24 octobre 2013 relatif à la Politique culturelle commune. Laquelle politique vise à «faire de l’espace communautaire, une aire de créativité où les expressions culturelles sont promues et partagées dans un environnement économique et social dynamique». Après la politique, informe la communicatrice, est intervenue le 25 septembre 2014, la Décision n°5/2014/CM/UEMOA relative au PRDC-UEMOA.

La réponse de l’UEMOA aux maux culturels

Tout ceci est arrivé, indique la chargée des affaires culturelles, après analyse d’un contexte culturel marqué dans la sous région par des difficultés à rendre visible l’impact de la culture sur le développement des Etats, l’absence de structuration de la plupart des filières, le manque de ressources financières pour accompagner les initiatives et entreprises culturelles, le manque de coordination de la coopération entre Etats membres et l’absence de visibilité des expressions culturelles. Il fallait en réponse, structurer le marché régional des biens et services culturels, mettre en place un système d’information régional sur la culture, promouvoir les métiers de la culture, professionnaliser les acteurs et opérateurs culturels, mettre en place les mécanismes et outils indispensables au financement des projets et entreprises culturels, élaborer des stratégies pour la circulation des acteurs, biens et services culturels, contribuer à la promotion des expressions culturelles. Ce sont ces solutions envisagées qui ont orienté le PRDC-UEMOA pour un objectif global. Celui de «Contribuer à valoriser la culture comme source de création de richesses et de rayonnement de l’UEMOA».

Axes et structures de mise en œuvre

L’objectif global du PRDC-UEMOA est réparti en deux axes. Le premier, c’est «Développer le marché régional des biens et services culturel» en le rendant attractif et productif après assainissant et structurant. La finalité, c’est que la circulation des acteurs, biens et services culturels est améliorée dans la sous-région, le marché régional des biens et services culturels est structuré et productif, les biens et services culturels produits sont labellisés et davantage promus dans la sous-région et au niveau international, les entreprises culturelles sont pourvoyeuses d’emplois et génératrices de revenus, la propriété littéraire et artistique est mieux protégée. Le deuxième axe, c’est «Améliorer la visibilité des expressions culturelles de l’espace communautaire». Ici, il s’agira de parvenir à «Mettre en place un système d’information régional sur la culture en rendant l’information culturelle disponible au profit des acteurs et du public».
La mise en œuvre du programme est assurée par trois comités. D’abord, le comité de pilotage (CP-PRDC) qui constitue un cadre de discussion, de planification régionale, de supervision globale et d’évaluation de la cinquantaine d’activités du PRDC réparties en quatre projets. Ensuite, c’est le comité de la liste du patrimoine qui assiste la Commission dans l’établissement d’une liste du Patrimoine régional représentative de l’identité et de la diversité culturelle de l’espace communautaire. Enfin, le comité du label qui accompagne la Commission dans l’identification et le suivi des manifestations culturelles sous régionales d’envergure en vue de l’attribution du label «UEMOA». Tout ceci pour un coût global de seize milliards six cent quatre vingt trois millions neuf cent quatre vingt quatorze mille (16.683.994.000) francs Cfa.

Blaise Ahouansè