mercredi 28 septembre 2016

‘’La belle de minuit wax’’ : «Sur scène je suis Bmw, dans ma vie active je suis Judith Houndjo»



Elle est en deuxième année de communication et de marketing dans une université privée au Bénin. Mais en attendant la fin de sa formation pour exercer en entreprise, elle fait déjà autrement sa communication dans le théâtre. Cet art auquel la jeune fille d’origine béninoise se consacre depuis trois ans, lui donne ces derniers temps l’occasion de grandes scènes aux côtés de grands hommes du métier. Le Festival international de théâtre du Bénin (Fitheb) est l’une de ses expériences en la matière. Après «La belle de minuit wax» (Bmw) en mars dernier dans la grande salle du Festival à Cotonou, elle était en juin dernier à Bohicon dans «Histoires de femme» sur scène du Fitheb migratoire avec Ignace Yétchénou. Puis elle est allée en Août à Dassa avec «Bmw» dans un duo avec Humbert Boko. Dans l’une ou l’autre pièce, la jeune étudiante avec sa taille courte, prête son corps naturellement clair et sexy aux récits du quotidien de la femme africaine. Fille de nuit dans une ville capitale pour se prendre en charge, puisque désormais orpheline de mère après avoir été abandonnée avec sa pauvre génitrice par son père qu’elle rencontra dans son commerce de sexe, elle s’insurge contre le comportement de ces hommes qui abandonnent leur foyer pour une aventure contraignant la petite famille à la misère. Dans la seconde pièce, la jeune comédienne qui vit au quartier Zogbo à Cotonou, dénonce les violences faites aux femmes et réclame le respect de tous leurs droits en tant qu’êtres humains à part entière. Dans la joie de la satisfaction exprimée par le public de Dassa à sa prestation la nuit du 26 août, la passionnée des planches nous parle de son être dans le 4ème art auquel elle veut se consacrer même au prix d’une vie en couple s’il le faut. «Sur scène, je suis Bmw mais dans ma vie active je suis Judith Houndjo» clarifie-t-elle. Interview.
La Bmw sur scène avec Humbert Boko à Dassa…

Vous étiez il y a un instant sur scène dans Bmw, avec une cigarette en main, un habillement sexy, les sous-vêtements et les perles exposés à un moment donné,... On a vu une fille qui vend son corps pour vivre. Qu’est ce que cela fait d’incarner un tel personnage?

C’est vrai que pour ce rôle au début, cela n’a pas été facile pour moi. C’est aussi vrai que j’aime être sexy ; quand je marche quelque part, qu’on me remarque. M’habiller comme ça, avec la cigarette à la bouche, ce n’est pas moi… Au début je me suis dit, est-ce qu’ils –les spectateurs- vont comprendre ce que je fais, est-ce qu’ils ne vont pas plus tard me coller l’image là, mais après, je me suis dit «ainsi va la vie de l’artiste».

Et qu’est-ce qu’ils en disent puisque vous avez déjà joué ce spectacle à Cotonou ?

C’est vrai. Quand j’ai eu à faire la première représentation de cette pièce à Fidjrossè, c’était pendant les congés. A la reprise, mes camarades ne me désignaient plus par mon prénom Judith mais ils m’appelaient plutôt Bmw. Et quand j’essayais de parler avec un mec on me dit « tu es déjà experte».

Oui, puisqu’on vous sent très à l’aise dans ce rôle comme un poisson dans l’eau ?

Quand vous êtes comédien, peu importe le personnage qu’on vous demande d’incarner, il faudrait que vous soyez à l’aise à jouer. Sinon comment pouviez-vous arriver à transmettre les sentiments de ce personnage au public.

Avec des risques d’agir sur votre personne aussi, n’est-ce pas ?

Ce personnage ne pourra pas prendre l’être de Judith. C’est carrément autre chose. Sur scène je suis Bmw mais dans ma vie active je suis Judith Houndjo.

Mais lorsque les amis persistent à vous appeler Bmw, quels sentiments vous animent et comment réagissez-vous ?

Au début, cela m’énervait mais après je me suis dit « c’est ce que je voudrais faire et c’est grâce à cela que je voudrais gagner ma vie ». Donc si les gens devraient me le dire tout le temps et que je dois me fâcher tout le temps aussi, je vais vite mourir, donc il fallait que je m’en passe.

Dans une autre pièce notamment «Histoires de femme» de Ignace Yétchénou, on vous a vu incarner la douleur de la femme. Pourquoi toujours cela ?

Je dirai parce que je suis une femme et parce que j’aime défendre la femme, dénoncer les maux qu’on lui faits et montrer réellement ce que la femme est. Je peux dire que c’est pourquoi ils –les metteurs en scène- m’ont toujours attribué ce rôle.

Est-ce à dire que vous optez vous-même pour ce genre de personnage pour votre carrière de comédienne ?

Non, du tout pas. Ce n’est pas mon option mais au théâtre comme au cinéma, quand on dit de faire, on exécute.

Depuis quand avez-vous commencé cette vie de comédienne ?

Il y a de cela trois ans.

…au repos ici après une répétition de «Histoires de femme» à Bohicon…
Et comment avez-vous connu le théâtre ?

Le théâtre comme le cinéma étaient ma carrière envisagée depuis toute petite. J’aime faire connaitre ce que je suis, j’aime dire tout haut ce que les gens pensent tout bas. Donc c’est ça qui m’a vraiment conduite vers le théâtre.

Avez-vous fait un groupe scolaire de théâtre ?

Pas tellement. Je n’aimais pas trop les clubs scolaires parce qu’il y avait trop d’embêtement, mais je me rappelle que je prestais dans les écoles ?

Vous avez fait une école de théâtre ?

Non plus.

Mais vous y pensez ?

Oui pourquoi pas ? Puisque c’est ma carrière envisagée, c’est ma vie, c’est ma passion, c’est tout moi qui suis dedans.

Trois ans et déjà vous vous retrouvez sur la scène professionnelle. Quelle est votre secret ?

Cela dépend de la passion dont dispose chacun. Si le théâtre n’était pas réellement ma passion, je n’y arriverais pas. Je voudrais coûte que coûte me faire découvrir à travers cela, donc il faut que je me donne assez. C’est ce que j’ai fait.

Vous comptez réussir à concilier l’exercice de votre profession de communication d’entreprise et votre passion pour le théâtre ?

…où la voici en position 2 à droite sur planche avec Ignace Yétchénou
Bien sûr ! Vous ne voyez pas des journalistes qui font le théâtre ? Je prends le cas d’une dame, Jémima Katraye. Je la vois souvent dans les journaux mais elle vient aussi sur scène. Donc il n’y a pas de problème. Il faut savoir juste ce que l’on veut. S’il me plaît de continuer dans le théâtre j’abandonnerai l’autre et je continue.

Mais quand votre homme se sera opposé, quelle sera la réaction ?

Mais je lui dirai d’aller se faire voir ailleurs, parce que c’est ce que moi je voudrais faire de ma vie ; et c’est avec ça que je voudrais gagner ma vie. Donc, s’il n’est pas prêt à l’accepter, c’est sûr que je trouverai un autre homme. Et je préfère même un homme du milieu qui aime déjà ce que je fais, qui lui aussi connait déjà les difficultés du milieu et tout. Je prends le cas de tout à l’heure. Si c’était mon mec qui n’était pas dans le domaine qui me voyait comme ça, il aura des intentions et commencera par se poser des questions. Donc je préfère être en compagnie d’un homme du milieu et non un homme extérieur parce que là il sera jaloux.

Réalisation: Blaise Ahouansè

lundi 26 septembre 2016

Ogou, la danse sacrée et le pied d’honneur



Les spectacles du ‘’Xwe-Xi’’ à Dassa-Zoumè ont été ouverts par le Ogou, un groupe de danse entouré de mystères.

                                           De la danse Ogou
Vendredi 25 août 2016 dans le département des Collines. Le premier jour du ‘’Xwe-Xi’’ ici, le marché local du Festival international de théâtre du Bénin (Fitheb) s’anime un peu partout. En accueil et en ouverture du spectacle installé au Centre des jeunes Amour & Vie de Dassa-Zoumè, le groupe Ogou. Il exécute la danse Ogou, à ne pas confondre avec le nom du dieu de la métallurgie. Ogou est une danse encore sacrée ici.
«A l’origine, c’est une occasion de retrouvailles entre les chasseurs après la chasse», nous raconte Gervais Koubia, benjamin de feu Pierre Koubia Odjode Agboglo, chef suprême des chasseurs et aussi président de l’association des chasseurs de Dassa conduite désormais par le 1er adjoint au maire de la ville, Léon Codjo Akpo. A l’en croire, à l’occasion de cette danse, chacun expose son carnet de chasse et chante son exploit en brousse. Ceci, avec à l’appui, des preuves constituées de la tête et de la queue de la bête abattue. C’est le sens ici ce vendredi soir, de la présence de têtes d’animaux dans le cercle d’animation. Dans ce groupe, personne n’a le monopole du chant à l’instar d’un lead-vocal dans les formations de musique traditionnelle ou moderne. Ici, n’entonne une chanson que celui qui a une fois au moins vécu l’expérience de chasse. Aussi, pour la danse, y a-t-il des limites que le néophyte ne doit affranchir. Ce dernier ne pourra pas dans sa danse, aller jusqu’à poser son pied sur la tête d’un animal dans le cercle, comme le ferait un chasseur.
Plusieurs générations sont passées déjà mais le groupe a toujours gardé ces rites entourés de mystères. Car, l’histoire que nous raconte Gervais Koubia en tant qu’actuel responsable du groupe, enseigne que cette danse des chasseurs est gouvernée par des dieux qui ne pardonnent aucune personne qui enfreint à ces principes profondément sacrés.
La programmation de cette danse en première dans l’agenda du Fitheb migratoire à Dassa-Zoumè n’est pas une option anodine. Elle a servi, pour les croyants en cette tradition, de canal pour implorer les ancêtres avant de laisser s’exprimer les autres groupes dans ce ‘’Xwe-Xi’’. En effet, dans la tradition, c’est une danse qui s’exécute en ouverture des rituels funèbres et autres en famille dans cette zone du Bénin. Elle est en ce sens ce que représente le Zinli pour les peuples Fon à Abomey.

Les percussions du Ogou en souffrance

En dépit des efforts de conservation, l’identité du Ogou n’échappe pas à quelques modifications au fil des ans, notamment sur le plan des percussions qui accompagnent les chants. Autrefois, les premiers chasseurs se servaient de cornes d’animaux pour assurer la percussion, d’après Gervais Koubia. Mais aujourd’hui, les tam-tams ont pris la place des cornes. Plus aucune présence de cornes. Et pour cause, « Il n’y a plus de grands animaux abattus. «Nous n’arrivons plus à tuer de grands animaux comme avant. Aujourd’hui, ce n’est que dans les grandes forêts qu’il en existe. Mais tu ne peux pas t’y rendre. C’est une longue et lourde procédure administrative», explique David Akueson. Conscients de la perte de cette facette de l’identité du Ogou, les responsables du groupe ont ajouté aux tambours, des bassines usées dont les sonorités sous le coup des baguettes sont assimilables à celles de ces cornes, à en croire Gervais Koubia.

Blaise Ahouansè